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Conte n°12 – Le Maitre de la Prière

Il était une fois un Baal Tefilah (Maitre de la Prière) qui consacrait tout son temps à la prière et aux chants de louanges au Tout-Puissant Béni-Soit-Il. Il s’était installé à l’écart des hommes et allait parfois dans quelque endroit habité pour rendre plusieurs visites. En général, il s’agissait de petites gens, pauvres et autres. Il bavardait et parlait de la raison d’être du monde. Il disait qu’en vérité, il n’y avait aucun but, si ce n’était celui de servir Dieu toute sa vie. Il fallait passer ses jours en prières devant le Tout-Puissant et chanter ses louanges.

Il parlait longuement à quelqu’un, utilisant ce langage afin de réveiller son interlocuteur, jusqu’à ce que ses paroles pénètrent dans son c ur et qu’il veuille bien se joindre à lui. Aussitôt prêt, il le conduisait chez lui à l’écart de la ville. En effet, le Baal Tefilah avait choisi un endroit isolé où coulait une rivière et poussaient des arbres fruitiers. On mangeait des fruits. On ne prêtait pas attention aux vêtements : on porte ce que l’on porte. Le Baal Tefilah, donc, allait dans quelque endroit habité, parlait aux gens et leur disait de suivre son chemin : ne servir que Dieu Béni-Soit-Il et se consacrer uniquement à la prière. Il emmenait chez lui tous ceux qui voulaient bien l’écouter. Et là-bas, ils ne s’occupaient que de prières, de chants de louanges adressés au Tout-Puissant Béni-Soit-I1, de confessions, de jeûnes et mortifications, de repentir et d’autres actes pieux. Le Baal Tefilah leur donnait des livres de prières, de chants de louanges, et de confessions. Ces ouvrages étaient toujours dans leurs mains. Et il se trouva parmi les gens qu’il avait amenés chez lui, des hommes capables d’en ramener d’autres vers le Tout- Puissant Béni-Soit-Il. Il les autorisait parfois à se rendre dans quelque endroit habité afin de réveiller les hommes au service du Très-Haut et faire en sorte qu’ils se consacrent uniquement à Dieu. Telle était le rôle du Baal Tefilah : rapprocher les gens et les emmener chez lui.

Finalement, certains bruits coururent dans le monde et la chose fut connue partout. Voilà soudain que des gens disparaissaient. On ne savait pas où. On avait perdu un fils, on avait perdu un gendre. On ignorait où ils étaient. On finit par découvrir l’existence d’un Baal Tefilah qui passait son temps à persuader les hommes de revenir vers le Tout-Puissant Béni-Soit-Il. Mais on ne pouvait pas le capturer, car il agissait avec beaucoup d’habileté : il rendait visite à chacun habillé différemment. Il se présentait à l’un sous les traits d’un homme pauvre, à l’autre sous les traits d’un marchand. Il utilisait de nombreux déguisements. Lorsqu’il bavardait avec quelqu’un et se rendait compte qu’il n’arriverait pas le convaincre, il déstabilisait son interlocuteur grâce à ses paroles jusqu’à ce qu’il lui fût impossible de connaître ses véritables intentions, à savoir le rapprocher du Tout-Puissant Béni-Soit-Il. Il était donc impossible de connaître son but profond et c’était précisément ce qu’il recherchait. En bavardant et en discutant avec eux, le Baal Tefilah souhaitait uniquement les rapprocher du Tout- Puissant Béni-Soit-Il. Voyant qu’il ne réussissait pas avec untel, il rusait et masquait ses paroles, de telle sorte que son interlocuteur pensait qu’il voulait dire tout autre chose. Il n’était donc pas possible de capturer le Baal Tefilah.

Comme nous l’avons dit, celui-ci s’était installé avec ses gens dans un endroit isolé. Ils ne s’occupaient que de prières, de louanges, de confessions, de jeûnes et mortifications et de repentir. Le Baal Tefilah pouvait pourvoir aux besoins de chacun selon sa personnalité. S’il voyait que l’un des siens avait besoin de vêtements dorés pour servir Dieu, il les lui fournissait. Parfois, le contraire se produisait. Un jour, il avait rapproché un homme riche et l’avait ramené chez lui. Il comprit que cet homme aisé devait aller en haillons et il l’habilla en conséquence. Il fournissait à chacun exactement ce qu’il lui fallait. Pour les gens qu’il avait ramenés vers le Tout-Puissant Béni-Soit-Il, un jeûne et la plus pénible des mortifications avaient plus de prix que tous les plaisirs du monde, car ils tiraient plus de satisfaction de ceux-ci que des délices du monde.

Il était une fois un pays qui renfermait beaucoup de richesses. Tous ses habitants étaient aisés, mais ils se comportaient de façon très étrange. En effet, chez eux, tout était fonction de la richesse. Le rang de chacun et le respect qui lui était dû se mesuraient à ses biens. On avait convenu que celui qui possédait tant et tant de milliers aurait tel rang et tels privilèges, et que celui qui possédait tant et tant aurait un autre rang. Ainsi tous les privilèges étaient accordés selon l’argent dont chacun disposait, et celui qui en avait en quantité suffisante, était roi.

Les habitants du pays avaient aussi des étendards ; à celui qui possédait telle somme d’argent revenait tel étendard avec le rang et les privilèges que lui conférait celui-ci ; à celui qui avait tant d’argent revenait un autre étendard, avec le rang et les privilèges correspondants. Tout se faisait selon la richesse. On avait fixé la somme nécessaire pour acquérir tel rang et tel étendard, et une autre somme pour mériter tel autre rang, tel autre étendard et tels privilèges. Ainsi, le rang et les

privilèges étaient fonction de la fortune de chacun.
De même que l’on avait convenu de la somme nécessaire pour avoir un rang et des privilèges, on avait également convenu que celui qui ne possédait que tant d’argent n’était pas un homme, mais un quadrupède ou un oiseau, enfin, un animal à visage humain. Il existait ainsi des quadrupèdes et des oiseaux : celui qui n’avait que peu d’argent était un lion ; celui qui en avait encore moins n’était qu’un oiseau. Il y avait ainsi plusieurs sortes d’animaux et d’oiseaux qui étaient en fait des hommes peu fortunés, puisque dans ce pays l’argent représentait et conférait rangs et privilèges.
L’existence de ce pays fut connue dans le monde. Le Baal Tefilah soupira et déclara :  » Qui sait jusqu’où ces hommes peuvent en venir à cause de cela ?  » Certains de ses gens partirent sans son autorisation et se rendirent là-bas pour en faire sortir les habitants. Ils éprouvaient de la pitié pour ce pays qui s’était laissé égarer par la cupidité. Qui plus est, le Baal Tefilah avait déclaré que ses habitants risquaient de se perdre encore davantage. Voilà pourquoi ses hommes y allèrent ; peut-être parviendraient-ils à les détourner de leur folie.
Ils entrèrent donc dans le pays et se rendirent probablement chez un homme de peu, un animal, et bavardèrent avec lui. Ils lui dirent qu’en vérité l’argent n’était pas une fin ; le but principal étant de servir Dieu, etc. Mais l’autre ne les écouta pas, car l’idée que l’argent était l’essentiel demeurait bien enracinée dans son esprit. Ils discutèrent avec un autre homme qui ne les écouta pas non plus. Ils prolongèrent malgré tout la conversation, mais il leur répondit :
- Je n’ai pas le temps de continuer à bavarder avec vous.
Ils lui demandèrent pourquoi et il ajouta :
- Nous devons tous quitter ce pays et nous rendre ailleurs, car l’argent étant l’essentiel pour nous, nous avons décidé d’aller dans un pays où l’on en fabrique (on trouve là-bas une terre dont on fait de l’or et de l’argent). Voilà pourquoi nous devons tous partir d’ici.
Par ailleurs, les habitants du pays voulaient également posséder des étoiles et des constellations. Celui qui détiendrait une certaine somme d’argent, fixée à l’avance, pouvait être une étoile, car étant riche, il possédait les mêmes pouvoirs que celle-ci. (En effet, c’est grâce à l’étoile que l’or existe, puisqu’il est une terre dont on fait de l’or. C’est l’étoile qui produit cette terre). Un homme riche avait donc les pouvoirs de l’étoile et il était ainsi une étoile. Voilà ce que disaient les habitants du pays, tellement l’argent les égaraient. Ils voulaient aussi avoir des constellations. Si l’on possédait suffisamment d’argent, selon une somme préalablement fixée, on pouvait être une constellation. Ils se firent également des anges, toujours d’après leur fortune, et finirent par décider d’avoir des dieux. Celui qui était immensément riche, pouvait être un dieu. Si Dieu accordait une telle richesse à cet homme, celui-ci devait être une divinité.
Ils disaient encore que l’air respiré par les autres hommes ne leur convenait pas. Ils ne pouvaient pas vivre à leurs côtés, car ils risquaient d’être souillés. Selon eux, les autres hommes étaient impurs. Ils décidèrent donc de trouver de hautes montagnes, les plus élevées du monde, et de s’y établir pour être au-dessus du reste de l’humanité. Des éclaireurs furent envoyés à la recherche de ces montagnes, avec succès. Tous les habitants partirent s’y installer. Un groupe de gens s’installa sur l’une d’elles, fonda une ville ; un second groupe s’installa sur une autre, et ainsi de suite. Ils établirent des défenses autour de chaque montagne. Ils creusèrent d’énormes fossés, afin que nul ne pût pénétrer dans le pays. Il ne resta plus qu’un chemin, caché, pour accéder à la montagne. Personne ne pouvait s’approcher d’eux. Des fortifications furent dressées et ils postèrent des gardes loin des montagnes afin que personne ne pût s’en approcher. Ils s’installèrent donc et ne changèrent rien à leur conduite. Ils avaient de nombreux dieux, toujours selon leur richesse, puisque pour eux l’essentiel était l’argent comme nous l’avons dit plus haut.
Puisque l’on devenait un dieu lorsqu’on possédait beaucoup d’argent, ils craignaient le meurtre et le vol. Chacun serait prêt à tuer et à voler afin d’accéder à la divinité grâce à l’argent dérobé. Ils se dirent alors qu’il convenait de protéger le riche contre les voleurs et les assassins. Ils inventèrent des rituels et instituèrent des sacrifices en faveur des dieux, grâce auxquels ils pourraient accéder à la fortune. Ils s’offraient en sacrifice aux dieux, pour être inclus en lui, incarnés en lui, et pour devenir riches, puisque leur foi reposait toute entière sur l’argent. Ils accomplissaient certains rites, offraient des sacrifices, faisaient des fumigations d’encens et servaient ainsi leurs dieux (c’est-à-dire les hommes très riches).
Malgré cela, le pays était en proie au vol et au meurtre. Celui qui ne croyait pas aux rituels assassinait et volait afin d’avoir l’essentiel, de l’argent, qui permettait de tout acheter. Manger, se vêtir, tout le nécessaire à la vie d’un homme, s’obtenait grâce à lui. Selon leur raisonnement délirant, l’essentiel c’était l’argent et c’était là toute leur foi.
Ils veillaient constamment à ce que l’argent leur foi, leur dieu ne diminuât pas chez eux. Au contraire, il fallait veiller à en importer d’autres pays. Des marchands partaient faire du commerce à l’étranger pour en gagner davantage et le rapporter chez eux. Là, la charité était interdite. En effet, comment

pouvait-on jeter par les fenêtres l’argent que Dieu vous avait donné ? L’essentiel n’était-il pas l’argent ? Allait-on s’en débarrasser ? Il était donc interdit d’accomplir des actes charitables. D’autre part, on avait nommé des responsables chargés de veiller à ce que chacun eût bien l’argent qu’il prétendait avoir. On était tenu de rendre compte de sa fortune à chaque instant, si l’on voulait conserver son rang et ses privilèges. On surveillait constamment tous les gens riches, les dieux, les étoiles, les anges, et on s’assurait qu’ils possédaient bien la fortune permettant d’être légalement un dieu, une étoile ou un ange. Parfois, un animal devenait un homme, et un homme cessait d’être un homme parce qu’il n’avait plus d’argent. Le contraire aussi était vrai : quelqu’un gagnait de l’argent, et d’animal il devenait homme. Il en était ainsi à tous les niveaux, puisque tout reposait sur l’argent. Il arrivait même qu’étant totalement ruiné quelqu’un cessât d’être un dieu. Tous avaient des images et des portraits de leurs dieux (les gens richissimes). Chacun avait chez lui un portrait qu’il étreignait et embrassait, car leur foi ne reposait que sur l’argent.

Les hommes du Baal Tefilah partis dans ce pays rentrèrent chez eux. Ils lui parlèrent de la folie, des égarements et des erreurs dus à la cupidité qui régnait là-bas. Ils évoquèrent aussi la volonté des habitants de se rendre dans un autre pays, où l’on fabriquait de l’argent. Ils lui rapportèrent enfin qu’ils se prenaient pour des étoiles et des constellations. Le Baal Tefilah exprima sa grande crainte de les voir s’égarer encore davantage. Puis, lorsqu’il sut qu’ils s’étaient fabriqués des dieux, il s’écria :  » C’est bien ce que je craignais !  » (Il pensait précisément à cela lorsqu’il avait dit sa peur de les voir s’égarer encore plus). Il eut pitié d’eux et décida de leur venir personnellement en aide. Peut-être parviendrait-il à les écarter de leur folie.

Il se rendit dans leur pays et rencontra les gardiens postés autour de chaque montagne. Ceux-ci étaient sans aucun doute de petites gens qui pouvaient se maintenir dans l’atmosphère du monde ordinaire. On se souvient en effet que les hommes fortunés, de haut rang, ne pouvaient se mêler aux autres hommes et respirer le même air qu’eux car ils ne voulaient pas être souillés. Ils ne pouvaient pas parler avec les autres hommes, dont l’haleine risquait de les rendre impurs (selon les habitants insensés de ce pays, le monde entier baignait dans l’impureté). Par conséquent, les gardiens postés en bas des villes étaient sûrement de petites gens. Cependant, eux aussi possédaient des portraits des dieux qu’ils étreignaient et embrassaient continuellement, car l’argent était aussi toute leur foi.

Le Baal Tefilah s’approcha d’un gardien et lui parla du but essentiel à savoir le service divin, la Torah, la prière et les bonnes actions. L’argent n’était qu’une hérésie, ce n’était pas une fin. Mais le gardien ne l’écouta pas, pensant comme tout le reste du pays que l’argent était l’essentiel. Le Baal Tefilah partit voir tous les autres gardiens et leur tint le même langage, mais ils ne l’écoutèrent pas non plus. Alors, le Baal Tefilah décida d’entrer dans une ville qui s’élevait sur la montagne. Stupéfaits de le voir entrer, les habitants lui demandèrent :

– Comment es-tu arrivé jusqu’ici ?
En effet, aucun homme ne pouvait venir chez eux. Il leur répondit :
- En quoi cela vous importe, puisque je suis déjà là ?
Le Baal Tefilah parla de la raison d’être du monde à l’un des habitants, lui disant que l’argent n’était pas un but, etc. Mais l’autre ne l’écouta pas plus que les autres. Personne ne l’écouta. Leur folie les égarait tant que personne ne prêta attention à ses paroles. D’autre part, ils étaient stupéfaits qu’un homme osât venir chez eux parler contre leur foi. Ils se dirent que cet homme devait être le Baal Tefilah dont ils avaient entendu dire qu’il faisait parler de lui à cause de ses idées. On l’appelait  » le pieux Baal Tefilah  » et il était impossible de le capturer car il se présentait à chacun vêtu différemment. Il se déguisait en marchand ou en homme pauvre et il possédait bien d’autres déguisements. Qui plus est, il quittait toujours son interlocuteur très rapidement.

Il était une fois un Guerrier autour duquel se rassemblèrent un grand nombre d’autres guerriers. Ensemble, ils se mirent en marche et conquirent plusieurs pays. Le Guerrier voulait seulement que l’on se soumît à lui. Si le pays se soumettait, il le laissait en paix : sinon il le détruisait. Il conquérait sans désir d’argent, animé seulement par celui de la soumission. Le Guerrier agissait toujours de la façon suivante : il envoyait ses troupes dans le pays lorsqu’il en était à cinquante milles, pour qu’il se soumît. Et toujours, il faisait la conquête de nations.

Les marchands du Pays de la Richesse (le pays évoqué plus haut) qui commerçaient à l’étranger, rentrèrent chez eux et parlèrent du Guerrier. Tout le monde eut très peur. Ils voulaient bien se soumettre, mais avaient entendu dire qu’il détestait l’argent et n’en acceptait pas, ce qui allait à l’encontre de leurs croyances. En se soumettant, cela eut été pour eux comme renoncer à leur foi, bâtie sur l’argent, et à laquelle le Guerrier ne croyait pas. Mais ils le craignaient beaucoup. Ils firent plusieurs cérémonies et apportèrent des sacrifices à leurs dieux (les gens très riches). Ils choisirent un

petit animal (un homme peu fortuné) et l’offrirent en sacrifice à leurs dieux selon les rites propres à leur service divin.
Pendant ce temps, le Guerrier s’approchait d’eux toujours plus près. Selon son habitude, il leur envoya ses troupes pour connaître leur décision. Ils eurent très peur et ne surent que faire. Leurs marchands leur donnèrent le conseil suivant : ils s’étaient rendus dans un pays dont tous les habitants étaient des dieux et se déplaçaient avec des anges. Les habitants, petits et grands, étaient si riches, que le plus petit d’entre eux était un dieu (conformément à l’opinion insensée des gens du Pays de la Richesse). Ils se déplaçaient tous avec des anges, car leurs chevaux étaient richement recouverts d’or et d’autres choses précieuses. La seule richesse nécessaire à parer un de leurs chevaux eût suffi pour faire de quelqu’un un ange au Pays de la Richesse. Ils se déplaçaient donc avec des anges, c’est-à-dire qu’ils attelaient trois couples d’anges à leurs chariots. Les commerçants conseillèrent donc d’envoyer des messagers dans ce pays afin de demander de l’aide, puisque tous les habitants y étaient des dieux. L’idée leur plut ; ils pensaient en effet pouvoir recevoir l’appui du pays où tous incarnaient la divinité.

Le Baal Tefilah décida de revenir au Pays de la Richesse. Peut-être réussirait-il à en extirper la folie. Il partit et se présenta devant les gardiens. Il bavarda avec l’un d’eux, comme à son habitude. Le gardien lui parla du Guerrier et dit qu’ils en avaient très peur. Le Baal Tefilah demanda :  » Quelle conduite avez-vous adoptée ?  » Le gardien lui raconta tout : ils allaient envoyer chercher de l’aide dans le pays où tous étaient des dieux. Le Baal Tefilah éclata de rire et dit :  » Quelle stupidité ! Ce ne sont que des hommes, comme moi, et vous et vos dieux n’êtes aussi que des hommes. Il n’existe pas de dieux, mais un Dieu unique qui a tout créé et c’est Lui seul qu’il faut servir, c’est Lui seul qu’il faut prier ; telle est la raison d’être du monde.  » Le Baal Tefilah adressa d’autres paroles du même genre au gardien, mais ce dernier ne l’écouta pas, tant la folie du pays était ancrée en lui depuis longtemps. Pourtant, le Baal Tefilah continua de l’entretenir longuement, jusqu’à ce que le gardien lui réponde enfin :  » Mais que puis-je faire ? Je ne suis qu’un simple homme !  » Sa réponse constituait déjà un semblant de téchouvah, car le premier discours du Baal Tefilah ajouté à celui-ci avaient commencé à faire quelque impression. En effet, en répondant de la sorte, le gardien montrait que les paroles du Baal Tefilah se frayaient peu à peu un chemin dans son c ur.

Le Baal Tefilah partit voir un autre gardien et lui tint le même discours, fidèle à son habitude. Au début, le gardien ne l’écouta pas, mais il finit par répondre comme le précédent :  » Je ne suis qu’un simple homme !  » Et ainsi, tous les gardiens firent la même réponse au Baal Tefilah.
Puis celui-ci entra en ville et recommença à bavarder, comme à l’accoutumée. Tous vivaient dans l’erreur : l’argent n’était pas une fin en soi. Le but principal était de s’occuper de Torah, de prières, etc. Enracinés dans la cupidité depuis longtemps, ils ne l’écoutèrent pas. Ils lui parlèrent du Guerrier et dirent qu’ils allaient demander de l’aide au pays où tous étaient des dieux. Il se moqua d’eux et dit :  » Sornettes ! Ce ne sont que des êtres humains, ils ne pourront pas vous aider car vous êtes des hommes et ils sont des hommes aussi, pas des dieux. Il n’y a qu’un Dieu, Béni-Soit-Il.  » Et au sujet du Guerrier, il s’écria, comme quelqu’un s’étonne à propos d’un homme qu’il connaît :  » N’est-ce pas le Guerrier ?  » Ils ne comprirent pas ce qu’il avait voulu dire. Il allait ainsi de l’un à l’autre, tenant à chacun un discours identique. A propos du Guerrier, il leur disait:  » N’est-ce pas le Guerrier ?  » Ils ne comprenaient pas le sens de ses paroles.

Pendant ce temps, la rumeur courait en ville. Quelqu’un parlait et se moquait de leur foi, disant qu’il n’existait qu’un Dieu unique, Dieu Béni-Soit-Il. Et à propos du Guerrier, il disait :  » N’est-ce pas le Guerrier ?  » Ils comprirent qu’il devait s’agir du Baal Tefilah, qu’ils connaissaient déjà comme nous l’avons vu plus haut. On donna l’ordre de le rechercher et de s’emparer de lui, bien qu’il se déguisât souvent. On savait qu’il changeait sans cesse de déguisement et on ordonna de faire une enquête afin de pouvoir le capturer. On le rechercha et le captura. Il fut amené devant les Anciens qui parlèrent avec lui. Il leur tint le même discours qu’aux autres :  » Vous êtes tous dans l’erreur et vous êtes stupides. L’argent n’est pas un but, vraiment pas. Il n’y a qu’un Dieu unique, Béni-Soit-Il, le Créateur, que Son Nom soit béni, qui est à l’origine de toute chose. C’est Lui seul qu’il faut servir. L’argent n’est qu’une folie. Quant au pays dont vous prétendez qu’il est habité par des dieux, il ne vous sera d’aucune aide, car ses habitants ne sont que des hommes tout comme vous-mêmes.  » Ils le crurent fou. Tous étaient tellement enfoncés dans leur cupidité et leur bêtise que quiconque disait du mal de leur folie, passait pour fou. Ils lui demandèrent :

– Qu’as-tu dit au sujet du Guerrier ?  » N’est-ce pas le Guerrier ?  » ?
Il leur répondit :
- J’étais chez un roi qui perdit son guerrier ; s’il s’agit du même guerrier, je le connais. Par ailleurs, si vous voulez dépendre du pays dont les habitants sont, selon vous, des dieux, vous faites une grande bêtise, car ce pays ne vous sera d’aucune aide. Au contraire, si vous vous appuyez sur lui, il

précipitera votre perte.
- Comment le sais-tu ?
- Le roi chez qui j’étais, possédait une Main ; je veux dire qu’il possédait une chose qui ressemblait à une main, avec ses cinq doigts, ses lignes et ses linéaments. Cette Main représentait la carte du monde. Tout ce qui existe depuis la création des cieux et de la terre, jusqu’à la fin des temps, ainsi que ce qui existera après, était représenté sur cette Main. En effet, ses lignes et ses linéaments représentaient tous les mondes, leurs positions et leurs moindres détails. Tout se trouvait inscrit sur cette Main comme sur une carte. Les lignes et linéaments représentaient tous les mondes.
Sur chaque ligne, il y a des signes qui ressemblent à des lettres, comme sur une carte. Il y a des signes à côté de chaque détail pour que l’on sache à quoi correspond ce détail ; si c’est une ville, une rivière, et ainsi de suite. Les lignes de la main dessinent tous les signes qui ressemblent à des lettres. Il y a donc un signe à côté de chaque détail de la carte afin que l’on sache ce que celui-ci représente. Chaque pays, chaque ville, tous les fleuves et tous les ponts, toutes les montagnes et tout ce qui se trouve dans le monde, absolument tout est représenté sur cette Main grâce à ses lignes et à ses linéaments. Et à côté de chaque chose se trouve une lettre qui indique ce qu’est chaque chose. Tous les hommes de tous les pays et toutes leurs aventures figuraient aussi sur cette Main. De même que les chemins qui mènent d’un pays à l’autre, et d’un endroit à l’autre. C’est ainsi que j’ai su comment venir ici, dans cette ville où personne ne peut arriver. Si vous voulez m’envoyer dans une autre ville, j’en connais aussi la route, grâce à la Main.
Et sur la Main était aussi représenté le chemin qui va d’un monde à l’autre. Il existe en effet un chemin grâce auquel on peut quitter la terre pour aller au ciel. (On ne peut pas aller de la terre au ciel sans connaître ce chemin, et celui-ci était représenté sur la Main.) Tous les chemins existants qui vont d’un monde à l’autre y figuraient. Elie monta au ciel par l’un de ces chemins et celui-ci est représenté sur la Main ; notre maître Moïse y monta par un autre qui est aussi représenté. Enoch est monté au ciel par un troisième chemin encore, et celui-ci aussi est représenté. Tous les chemins qui mènent d’un monde à l’autre, vers les mondes plus élevés se trouvent sur la Main, grâce aux lignes et aux linéaments.
Tout y était figuré : toutes les choses qui existaient à la création du monde, telles qu’elles sont maintenant et ce qu’elles deviendront. Par exemple, Sodome figurait telle qu’elle était avant d’être détruite, telle qu’elle était au moment de sa destruction, et telle qu’elle est maintenant après sa destruction. On peut voir sur la Main ce qui fut, ce qui est, et ce qui sera. Et j’y ai vu que le pays et ses habitants dont vous pensez qu’ils sont des dieux seront détruits avec ceux qui recherchent leur aide. Ils en restèrent stupéfaits car ils voyaient que tout cela était exact : tout est représenté sur une carte. Ils comprirent que ses paroles étaient vraies, car on n’invente pas pareille histoire. On comprend qu’avec deux lignes de la main il soit possible de dessiner une lettre, et ils se rendirent compte qu’il n’avait pas inventé tout ceci. Ils furent ébahis et lui demandèrent :
- Où se trouve le roi ? Peut-être pourra-t-il nous indiquer comment trouver de l’argent.
- Encore de l’argent ? Il n’en est pas question !, répondit-il à la fois étonné et en colère.
- Quand bien même, dis-nous où est le roi !
- J’ignore où est le roi. Et en voici l’histoire.

II était une fois un Roi et une Reine qui avaient une fille unique. Vint le moment où il fallut la marier. On désigna des conseillers pour déterminer qui lui donner en mariage, et j’étais l’un d’entre eux, car le Roi m’aimait bien. A mon avis, il fallait unir la Princesse au Guerrier, car i1 nous avait grandement favorisés en conquérant de nombreux pays. La Princesse lui revenait donc à juste titre comme femme. Mes paroles plurent et tous acceptèrent. La joie fut grande d’avoir trouvé un époux pour la Princesse. On la maria donc au Guerrier. La Princesse eut un enfant, un être merveilleux dont la beauté n’appartenait à aucun autre homme. Ses cheveux étaient d’or et de toutes les nuances. Son visage était comme le soleil, ses yeux comme d’autres luminaires. L’Enfant naquit doué d’une sagesse parfaite. On avait remarqué sa grande intelligence dès sa naissance. En effet, lorsqu’on lui parlait, il riait quand il le fallait, et ainsi de suite. On reconnut en lui un grand sage, bien qu’il n’eût pas le comportement d’un adulte. Il ne savait pas parler, ni faire d’autres choses, mais on reconnut aussitôt en lui sa grand sagesse.
Le Roi avait un orateur qui savait proférer de belles paroles, tourner de beaux discours, composer de beaux poèmes et chanter les louanges du Roi. Bien que l’Orateur fût déjà un grand orateur, le Roi lui montra le chemin pour acquérir l’art de la véritable éloquence. Et grâce à cela, il devint un orateur extraordinaire.
Le Roi avait aussi un Sage qui avait été d’une grande sagesse, mais le Roi lui indiqua le chemin pour acquérir la véritable sagesse et grâce à cela il devint un sage extraordinaire.
Il en était de même pour le Guerrier. Le roi avait un guerrier, mais le Roi lui indiqua le chemin pour

acquérir la force, et grâce à cela il devint un grand guerrier. En effet, il y avait une épée suspendue en l’air. L’Epée possède trois pouvoirs. Lorsqu’on la brandit, les officiers de l’armée prennent la fuite et les ennemis sont défaits, car lorsque les officiers s’enfuient, il ne reste plus personne pour mener la guerre et les ennemis sont défaits. De plus, les deux tranchants de l’Epée ont chacun un pouvoir. Grâce au premier, tous tombent ; grâce au second, ils attrapent la phtisie : ils maigrissent et leur chair part en lambeaux, comme c’est le cas de la phtisie, que Dieu nous en protège. Tout cela arrive aux ennemis avec un seul coup d’épée : un coup du premier tranchant les défait, et un coup du deuxième leur fait contracter la phtisie. Le Roi montra au Guerrier le chemin qui menait à l’Epée, et c’était de là qu’il en tirait sa force

Le Roi m’avait montré le chemin me permettant d’acquérir mes qualités, et j’y pris ce dont j’avais besoin.
Le Roi avait encore un Ami Fidèle qui l’aimait d’un grand amour. Ils s’aimaient tellement qu’ils ne pouvaient se quitter un seul instant. Or, il est des moments où l’on ne peut rester ensemble. Ils firent donc des portraits représentant leurs deux visages. Lorsqu’il leur était impossible de se voir, ils se réjouissaient grâce aux portraits. Ces portraits représentaient l’amour du Roi et de l’Ami Fidèle et comment ils s’étreignaient et s’embrassaient avec amour. Les portraits possédaient une vertu : lorsqu’on regardait les visages, on ressentait beaucoup d’amour, c’est-à-dire que l’on recevait la qualité d’amour. Et l’Ami Fidèle avait lui aussi acquis son amour là où le Roi le lui avait indiqué.
Arriva un moment où chacun dut se rendre à l’endroit d’où il puisait la force de ses qualités. L’Orateur, le Guerrier et tous les autres hommes du Roi partirent chacun à leur endroit pour renouveler leurs forces.

Un jour, une grande tempête se leva sur le monde. Elle bouleversa l’univers entier. Les terres devinrent des mers, les mers devinrent des terres. Les déserts se peuplèrent, les terres habitées se dépeuplèrent. Le monde entier fut bouleversé. La Tempête pénétra chez le Roi, mais n’y causa aucun dommage. Cependant elle enleva l’enfant de la Princesse. Dans le tumulte, lorsque son enfant fut enlevé, la Princesse pourchassa la Tempête pour récupérer son fils et elle fut emmenée on ne sait où. Le Roi et 1a Reine partirent aussi à la recherche de l’Enfant, et tous se dispersèrent. Et on ignore où ils sont. Quant à nous, qui étions partis là où nous pouvions renouveler nos forces, nous n’étions pas présents. En revenant, nous ne les trouvâmes plus, et la Main aussi avait disparu. Alors, nous nous sommes dispersés et nous ne pouvons plus nous rendre à l’endroit où nous renouvelons notre force. Comme 1e monde a été bouleversé, il doit se trouver maintenant d’autres chemins. C’est pourquoi aucun de nous ne peut se rendre là où il peut prendre des forces. Cependant, les traces qui restent en chacun de nous sont tout de même importantes. Si le Guerrier est bien le Guerrier du Roi, il est sans nul doute un grand guerrier.
Ils avaient tous écouté ses paroles et en étaient stupéfaits. Ils gardèrent le Baal Tefilah auprès d’eux et ne voulurent pas le laisser partir, car il se pouvait que le Guerrier qui s’avançait vers eux fût celui que le Baal Tefilah connaissait.
Le Guerrier se rapprochait de plus en plus du pays et y envoya ses troupes. Il entra dans le pays et campa en bas de la ville. Ses messagers arrivèrent afin de savoir si les habitants consentaient à se soumettre ou non. Ils eurent très peur de lui et supplièrent le Baal Tefilah de leur donner quelque conseil. Celui-ci leur dit :  » Il faut mener une enquête sur lui pour savoir s’il est bien le Guerrier du Roi.  » Il sortit de la ville pour rendre visite au Guerrier. Il rencontra ses hommes et se mit à bavarder avec l’un d’eux afin de savoir si le Guerrier était bien celui qu’il connaissait. Il lui demanda :
- Quels ont été tes faits d’armes ? Comment en es-tu venu à accompagner le Guerrier ? – Voici ce que l’on raconte dans les chroniques, répondit l’autre :
Un jour, une tempête se leva sur le monde. Elle le bouleversa tout entier : les terres devinrent des mers, les mers devinrent des terres, les déserts se peuplèrent et les endroits habités se dépeuplèrent. Le monde entier fut bouleversé. Lorsque le tumulte cessa, les hommes décidèrent de se trouver un roi. Ils réfléchirent pour savoir qui mériterait de régner sur eux. Ils arrivèrent à la conclusion que l’essentiel était le Principe directeur. Par conséquent, l’homme qui représentait au mieux ce Principe, serait roi. Puis ils réfléchirent au contenu de ce Principe. Les uns disaient que c’était le respect, car on voyait bien qu’il dirigeait monde. Si on ne respecte pas un homme, si on prononce des paroles malveillantes à son égard, le sang coule. Dans le monde entier, l’essentiel est le respect. On insiste même sur le respect dû aux morts. On fait honneur au mort, on l’enterre, etc. (Et on lui dit :  » Tout ce que l’on te fait, on le fait par respect pour toi. « ) Bien qu’après la mort on ne veuille plus d’argent et que le défunt ne désire plus rien, on insiste cependant sur le respect qui lui est dû, et on y tient beaucoup. Donc, le Principe, c’est le respect.
Ils avaient encore d’autres idées de ce genre à propos du respect. Comme celui-ci représentait le Principe, ils devaient chercher un homme estimable qui ne s’attacherait qu’à lui. Si un homme a de l’importance, s’il recherche continuellement le respect et obéit à sa nature qui est de vouloir le respect,

alors il ne se préoccupe que de cela, en fait son but et il l’atteint, car le respect représente le Principe. Un tel homme devait donc être roi. (Telle était leur idée erronée ; ils en avaient d’autres du même genre qui les égaraient complètement : le Principe était le respect. Les autres opinions étaient toutes aussi stupides.) Ils se mirent donc à la recherche de cet homme. En route, ils croisèrent le cortège d’un vieux mendiant tzigane, accompagné d’au moins cinq cent autres tziganes. Le vieux était aveugle, infirme et muet. Tous les gens qui l’accompagnaient appartenaient à sa famille car il avait des s urs et des frères qui avaient toute une progéniture. Tous suivaient et portaient le vieux mendiant. Celui-ci insistait beaucoup sur le respect qui lui était dû, étant de nature très irascible. Il s’emportait sans cesse contre eux et donnait toujours à d’autres l’ordre de le porter. Il les harcelaient constamment. De toute évidence le vieux était un homme d’importance car on le respectait beaucoup. Il ne recherchait que cela et se montrait très strict quant aux égards auxquels il avait droit. C’est pourquoi le mendiant leur plut et ils le choisirent pour roi.

Le pays aussi entre en jeu. En effet, il existe un pays qui compte et qui est une panacée pour le respect, de même qu’il existe un pays qui est une panacée pour une autre qualité. Ainsi, la secte de ceux qui pensaient que le Principe était le respect, chercha le pays adéquat. Ils trouvèrent ce pays et s’y installèrent.
D’autres pensaient que ce n’était pas le respect qui était le Principe, mais le meurtre. En effet, on voit que tout ce qui existe dans le monde est appelé à disparaître. L’herbe, les fruits, les hommes et tout ce qui existe, tout est appelé à ne plus être. Par conséquent, le principe de chaque chose est qu’elle soit détruite. C’est pourquoi, un meurtrier qui assassine et tue des hommes, amène le monde à son but final. Ils pensaient ainsi que le meurtre était le Principe. Ils cherchèrent donc un homme qui fût un meurtrier colérique et vengeur. Selon leur opinion erronée, cet homme obéissait au Principe et méritait le trône. Ils partirent à sa recherche et entendirent un cri. Ils demandèrent :  » Qui crie ainsi ?  » On leur répondit que quelqu’un venait de tuer père et mère. Ils s’écrièrent :  » Où se trouve donc un meurtrier qui ait le c ur assez fort et soit colérique au point de tuer père et mère ?  » Cet homme répondait au Principe et il leur plut. Ils le prirent pour roi et cherchèrent un pays susceptible de répondre à leurs aspirations. Ils choisirent un endroit niché entre deux montagnes et où se trouvaient des meurtriers, puis s’y installèrent avec leur roi.
D’autres disaient que mériterait d’être leur roi l’homme qui tout en ayant beaucoup à manger, ne consommait pas la nourriture du commun des mortels, mais uniquement des aliments délicats. Un tel homme méritait de régner sur eux. Mais ils ne trouvèrent pas immédiatement un homme qui se nourrisse exclusivement de nourritures délicates. En attendant de trouver un homme à leur convenance, ils choisirent un riche, possédant beaucoup à manger, et dont la nourriture était quelque peu délicate. Ils le nommèrent roi en attendant de trouver ce qu’ils désiraient vraiment. L’homme riche serait alors destitué et l’autre prendrait sa place. Ils choisirent un pays selon leur désir et partirent s’y installer.
D’autres encore disaient qu’une belle femme était à même d’être roi. Car le Principe est que le monde soit peuplé ; c’est pour cela qu’il a été créé. Une belle femme provoque le désir et fait ainsi augmenter la population ; par conséquent, elle dirige le monde selon le Principe. Une belle femme méritait donc d’être roi. Ils choisirent une belle femme qui fut leur roi, cherchèrent le pays adéquat et partirent y habiter.
D’autres disaient que le Principe, c’était la parole. En effet, la seule différence entre l’homme et la bête réside dans la parole ; grâce à elle, l’homme se hisse au-dessus de l’animal. La parole est donc le Principe. Ils cherchèrent un orateur, très éloquent et qui connût beaucoup de langues. Il devait être capable de parler continuellement afin d’obéir au Principe. Ils partirent et rencontrèrent un français fou qui errait et parlait tout seul. Ils lui demandèrent s’il connaissait les langues. Il en savait beaucoup. Victimes de leur folie, cet homme obéissait sans aucun doute à leur Principe, puisqu’il connaissait beaucoup de langues, parlait bien et abondamment. Qui plus est, il parlait tout seul. Ils le trouvèrent donc à leur goût et le prirent pour roi. Ils choisirent le pays adéquat et partirent s’y installer avec leur roi. Assurément, celui-ci les conduirait dans la bonne voie.
D’autres encore pensaient que le Principe, c’était la joie. Lors d’une naissance, d’un mariage, ou de la conquête d’un pays, on est joyeux. Par conséquent, le principe de toute chose, c’est la joie. Ils cherchèrent donc un homme qui fût toujours joyeux, car il obéirait au Principe et leur conviendrait comme roi. Ils partirent à sa recherche et rencontrèrent un gentil en haillons qui tenait une bouteille d’alcool à la main. Beaucoup de gentils le suivaient. Il était très gai car complètement ivre. Ils virent qu’il était joyeux et sans soucis. Il leur plut beaucoup, car il obéissait au Principe, qui était la joie. Ils le prirent pour roi ; il les conduirait sans aucun doute dans la bonne voie. Ils choisirent un pays adéquat où poussaient des vignes. On pouvait donc y faire du vin, et quelque alcool avec les pépins. Rien de ce que contenait les grappes ne devait se perdre, car leur Principe était le suivant : boire, s’enivrer et être toujours gai, même si on en ignorait la raison, même sans aucune raison particulière. Le Principe

exigeait que l’on soit toujours joyeux. Ils choisirent donc le pays adéquat et s’y établirent.
D’autres disaient que le Principe consistait à offrir beaucoup à manger et à boire à son corps afin de le faire grandir. Ils cherchèrent donc un colosse qui prit grand soin de lui-même et de son développement corporel. Doté de membres très développés, il avait plus d’importance dans le monde, car il y occupait plus de place. Il obéissait donc au Principe qui consistait à développer son corps, et méritait la royauté. Ils partirent et rencontrèrent un homme grand comme une anguille. Il leur plut parce qu’il avait les membres très longs et correspondait au Principe. Ils le prirent pour roi, cherchèrent un pays adéquat et partirent s’y installer.
Il y avait encore une autre secte. Ses membres disaient que le Principe ne résidait nullement dans toutes ces choses ; le vrai Principe consistait à se consacrer à la prière. Il fallait prier Dieu Béni-Soit-Il, vivre dans l’humilité et la modestie. Ils cherchèrent un Baal Tefilah et en firent leur roi.
(On comprend à présent que toutes les sectes vivaient dans l’erreur et que la stupidité les avaient égarées. A cause de ses idées et de ses conclusions stupides, chacune se trompait, à l’exception de la dernière qui seule avait rencontré la vraie vérité. Bénis soient-ils.)

Voila ce qu’un des guerriers raconta au Baal Tefilah. Il ajouta qu’ils appartenaient à la secte dont le Principe était de s’offrir à manger et à boire pour développer son corps, et qu’ils avaient choisi un géant pour roi. Un jour, une de leurs troupes avançait avec tous ses chariots transportant leurs vivres et leur équipement. Le monde entier tremblait devant eux car ils étaient très grands et très forts. Quiconque les rencontrait s’écartait de leur route. Tandis qu’elle avançait, la troupe de géants rencontra un grand guerrier qui ne s’écarta pas devant eux. Il s’immisça dans leurs rangs et les dispersa de ses mains nues. Ils eurent très peur. Puis il se fraya un chemin au milieu des chariots qui les suivaient et mangea tout ce qu’ils contenaient. Ils furent stupéfaits qu’il existât un guerrier qui ne les craignit pas et qui se fût avancé dans leurs rangs pour manger tout ce que transportaient leurs chariots. Ils tombèrent aussitôt à ses pieds et crièrent :  » Vive le roi !  » Ils dirent que la royauté lui revenait sans aucun doute, car il répondait parfaitement à leur conception du Principe selon laquelle un homme au corps très développé régnât sur eux. Leur roi abdiquerait sûrement car c’était à l’autre que revenait le trône, puisqu’il était un grand guerrier. C’est ce qui arriva et le guerrier rencontré en chemin devint leur roi.

Et c’est avec ce Guerrier que nous marchons maintenant pour conquérir le monde. Le Guerrier dit aussi qu’il a une autre intention lorsqu’il prétend vouloir conquérir l’univers. Il ne désire pas que le monde soit sous sa domination ; il a autre chose à l’esprit.

Tout cela fut raconté par le soldat à qui le Baal Tefilah avait demandé comment il en était venu à se joindre au Guerrier. Le Baal Tefilah lui demanda encore :
- Quels sont les exploits du Guerrier qui est aujourd’hui votre roi ?
- Lorsqu’un pays ne veut pas se soumettre, le Guerrier prend son épée, et celle-ci a trois pouvoirs. Lorsqu’on la brandit, tous les officiers s’enfuient.

Il lui décrit les trois pouvoirs de l’Epée et lui expliqua que c’était d’elle que le Guerrier tirait sa force.
A ces mots, le Baal Tefilah conclut qu’il s’agissait sûrement du Guerrier du Roi. Il demanda s’il pouvait le rencontrer. On lui répondit :  » II faut l’en informer.  » On partit informer le Guerrier qui donna l’ordre de le faire entrer. Le Baal Tefilah entra chez lui et ils se reconnurent. Leur bonheur fut grand d’avoir mérité de se retrouver. Ils pleuraient de joie, car ils se souvenaient du Roi et de ses gens. Ils pleurèrent tant et plus, tellement ils étaient joyeux. Puis le Baal Tefilah discuta avec le Guerrier et ils parlèrent de la manière dont ils étaient arrivés jusqu’ici. Le Guerrier dit au Baal Tefilah que durant la Tempête tous avaient été dispersés ici et là, et qu’en revenant de l’endroit où il était allé renouveler sa force, il n’avait trouvé ni le Roi ni sa Cour. Alors, il se laissa guider par ses pas et retrouva la trace de tout le monde. En fait, il avait vu qu’il était passé par l’endroit où se trouvait le Roi et tous les autres. Il était passé quelque part et avait compris que le Roi s’y trouvait sûrement, mais il n’avait pas pu aller à sa recherche et le retrouver. Il était aussi passé quelque part où il avait compris que la Reine devait se trouver, mais il n’avait pas pu la chercher et la trouver. De la même façon, il avait traversé tous les endroits où se trouvaient les gens du Roi. Et il dit au Baal Tefilah :
- Il n’y a que chez toi où je ne suis pas passé.
Le Baal Tefilah lui répondit :
- Dans un endroit, j’ai vu la couronne du Roi. J’ai compris qu’il se trouvait là mais je n’ai pas pu me mettre à sa recherche et le trouver. Je suis allé plus loin et j’ai longé une mer de sang. J’ai compris que cette mer avait été formée par les larmes que la Reine avait versées sur nous tous. La Reine se trouvait sûrement là, mais je n’ai pas pu la chercher et la trouver. J’ai aussi longé une mer de lait. J’ai compris que la mer avait été formée par le lait de la Princesse à qui l’on avait enlevé son enfant. Elle avait exprimé son lait qui avait formé la mer. Mais je n’ai pas pu la chercher et la trouver. J’ai continué

ma route , j’ai aperçu par terre les cheveux d’or de l’Enfant et je n’en ai pris aucun. J’ai su que l’Enfant se trouvait là, mais il était impossible de le chercher et de le trouver. J’ai continué à marcher et j’ai longé une mer de vin. J’ai compris qu’elle avait été formée par les paroles de l’Orateur qui adresse des paroles de consolation au Roi et à la Reine. Puis il se tourne vers la Princesse et la console. Ses paroles ont formé une mer de vin, comme il est dit (Cant. 7 :1O) :  » Et ton palais comme un vin exquis… » ; mais je n’ai pas pu le trouver. J’ai marché encore et j’ai vu une pierre sur laquelle était gravée une chose qui ressemblait à la Main présente chez le Roi. J’ai compris que là devait se trouver le Sage et qu’il avait gravé l’image de la Main sur la pierre. Mais il m’était impossible de le retrouver. J’ai marché encore et j’ai vu, posés sur une montagne, les tables et les armoires d’or du Roi, ainsi que tous ses trésors. J’ai compris que là devait se trouver le Grand Argentier du Roi, mais je n’ai pas pu le retrouver.

Le Baal Tefilah termina son récit et le Guerrier dit à son tour :
- Je suis aussi passé par tous ces endroits et j’ai pris quelques cheveux d’or de l’Enfant. J’en ai pris sept qui avaient toutes les nuances. Ils me sont très chers. Je me suis installé et j’ai vécu comme j’ai pu, d’herbes et d’autres choses. J’ai fini par ne plus avoir de quoi survivre. Je me suis alors laissé guider par mes pas. Et en quittant l’endroit où j’étais, j’ai oublié mon arc.
- J’ai vu l’arc et je l’ai reconnu, dit le Baal Tefilah, mais je n’ai pas pu te retrouver.
- Je suis donc parti, reprit le Guerrier, j’ai marché et j’ai rencontré la troupe de géants. Je me suis avancé dans leurs rangs car j’avais très faim et je voulais manger. Ils m’ont aussitôt choisi comme roi. Aujourd’hui, je marche à la conquête du monde. J’ai l’intention de retrouver le Roi et ses gens.
Le Baal Tefilah parla au Guerrier des habitants du pays qui s’étaient égarés à cause de l’argent et qui en étaient arrivés à la stupidité extrême de penser que les gens très riches étaient des dieux et d’autres bêtises.
Le Guerrier dit qu’il avait entendu du Roi que l’on pouvait s’extirper de tous les désirs dans lesquels on était tombé. Mais celui qui avait chuté dans la cupidité ne pouvait en sortir, quoi qu’il fît.
- Tu ne réussiras peut-être pas avec eux, car il est impossible de les en tirer, si ce n’est grâce au chemin d’où l’Epée tire son pouvoir. Ce n’est que par ce chemin que l’on peut arracher à la cupidité celui qui y est tombé, ajouta le Guerrier.
Le Guerrier et le Baal Tefilah réfléchirent longtemps au problème posé par le pays dont les habitants avaient supplié ce dernier d’intercéder en leur faveur auprès du Guerrier. Le Baal Tefilah lui demanda de leur accorder un délai pendant lequel il ne leur ferait aucun mal. Il le leur accorda. Puis le Baal Tefilah et le Guerrier se mirent d’accord sur des signaux qui leur permettraient de communiquer. Enfin, le Baal Tefilah reprit sa route.

Il rencontra des gens qui marchaient et adressaient des prières à Dieu Béni-Soit-Il. Ils priaient et portaient des livres de prières. Il eut peur d’eux et ils eurent peur de lui. Il se mit à prier, et ils se mirent à prier aussi. Puis il leur demanda :
- Qui êtes-vous ?
- A cause de la Tempête, le monde s’est divisé en de nombreuses sectes. Certains ont choisi celle-ci, d’autres celle-là. Nous, nous avons choisi le Principe selon lequel il faut seulement et toujours prier Dieu Béni-Soit-Il. Nous avons cherché et nous avons trouvé un Baal Tefilah. Nous en avons fait notre roi.
A ces mots, le Baal Tefilah fut très content, car tel était son désir. Il bavarda avec eux et leur montra sa façon de prier, ses livres et ses idées sur la prière. En entendant ses paroles, ils ouvrirent leurs yeux et reconnurent la grandeur du Baal Tefilah. Ils en firent aussitôt leur roi après que le leur ait abdiqué en sa faveur. Ils avaient reconnu sa grandeur. Le Baal Tefilah étudia avec eux et leur ouvrit les yeux. Il leur apprit à prier Dieu Béni-Soit-Il et fit d’eux des Tsadikim parfaits. Ils en étaient déjà car ils se consacraient uniquement à la prière, mais le Baal Tefilah les éclaira et ils finirent par devenir de très grands Tsadikim.
Le Baal Tefilah envoya une lettre au Guerrier pour lui annoncer qu’il avait eu le mérite de trouver des hommes selon son c ur et qu’il était devenu leur roi.

Les habitants du Pays de la Richesse continuaient quant à eux de s’occuper de leurs affaires et de leurs rituels. Or, le délai que le Guerrier leur avait accordé touchait à sa fin. Ils furent terrifiés. Ils accomplirent tous leurs rituels, apportèrent des sacrifices, firent des fumigations d’encens et adressèrent leurs prières habituelles à leurs dieux. Ils capturèrent un petit animal (un homme ayant très peu d’argent) et l’offrirent en sacrifice à leurs dieux. Ils pensaient toujours suivre le premier conseil qui leur avait été donné, et qui était d’aller demander de l’aide au pays dont tous les habitants étaient des dieux grâce à leurs richesses extraordinaires. Ce pays les aiderait sûrement puisque tous ses habitants étaient des divinités. Ils envoyèrent donc des émissaires dans ce pays.

En chemin, les émissaires s’égarèrent. Ils rencontrèrent un homme qui marchait en s’appuyant sur une canne. Sa canne valait plus que tous les dieux. Elle était sertie de diamants très précieux, dont la valeur dépassait de loin toutes les richesses de tous leurs dieux. Même si l’on évaluait la richesse de leurs dieux et celle des habitants du pays où ils se rendaient, on n’arriverait pas à la valeur de cette canne. Qui plus est, cet homme était coiffé d’un chapeau couvert de diamants qui lui aussi valait très cher. Voyant cela, les émissaires s’inclinèrent très bas devant cet homme, car suivant leur théorie stupide, c’était un dieu au-dessus de tous les autres dieux, tant il était riche. Le Grand Argentier du Roi (car c’était lui) leur dit :  » Cela vous étonne ? Accompagnez-moi et je vous montrerai d’autres richesses !  » Il les conduisit sur la montagne où étaient entreposés les trésors du Roi. Il les leur montra. Apercevant le trésor, ils s’inclinèrent aussitôt très bas, car d’après leur théorie stupide, l’homme était un dieu supérieur à tous leurs dieux. Mais ils ne firent pas de sacrifices bien que selon leur principe erroné, ils eussent dû en faire. Mais on avait ordonné aux émissaires de ne faire aucun sacrifice en chemin ; on craignait en effet qu’il ne restât plus rien d’eux s’ils en effectuaient. Peut-être l’un d’entre eux trouverait-il un trésor en route ; peut-être se rendrait-il aux toilettes et y trouverait-il un trésor. Il aurait peut-être l’idée de s’offrir en sacrifice et il ne resterait plus aucun d’entre eux. Pour cette raison, les habitants du pays avaient décidé de ne rien sacrifier en chemin. Les émissaires délibérèrent : pourquoi iraient-ils chez ces dieux, dans le pays où on les envoyait et dont les habitants étaient si riches qu’ils passaient pour des dieux ? Cet homme serait plus à même de les aider, puisque son incomparable et extraordinaire fortune faisait de lui un dieu supérieur à tous les autres dieux. Ils demandèrent donc à l’homme de les accompagner dans leur pays. Il accepta et partit avec eux. Lorsqu’ils arrivèrent, la joie fut grande d’avoir trouvé un dieu comme celui-là. Ils étaient convaincus que grâce à lui ils trouveraient de l’aide. Toutes ses richesses faisaient de lui une divinité. L’homme (le Grand Argentier du Roi) ordonna de ne plus faire de sacrifices, afin que le pays retrouvât sa normalité. (Le Grand Trésorier était véritablement un grand Tsadik puisqu’il appartenait aux gens du Roi lesquels étaient tous de grands Tsadikim. Il détestait les coutumes perverses de ce pays mais ignorait comment en détourner les habitants. Pour le moment, il ordonna de ne pas faire de sacrifices.)
Les habitants lui parlèrent du problème posé par le Guerrier dont ils avaient grande peur. Le Grand Argentier dit à son tour :  » N’est-ce pas le Guerrier ?  » Et il partit chez le Guerrier. Il demanda aux hommes de celui-ci s’il lui était possible de le rencontrer. On lui répondit que l’on allait l’en informer. On informa le Guerrier qui ordonna de le faire entrer. Le Grand Argentier entra, et ils se reconnurent. Ils pleurèrent de joie. Le Guerrier dit alors au Grand Argentier :
- Notre respectable Baal Tefilah est là lui aussi. Je l’ai vu et il est devenu roi.
Le Grand Argentier dit au Guerrier qu’il était passé par tous les endroits où se trouvaient le Roi et ses gens, mais qu’il n’était pas passé par les endroits du Baal Tefilah ni par ceux du Guerrier. Puis il lui parla du pays et de ses habitants si stupides qu’ils étaient pris au piège de leur cupidité laquelle les avait égarés. Le Guerrier répéta au Grand Argentier ce qu’il avait déjà dit au Baal Tefilah : il avait entendu du Roi que celui qui était tombé dans la cupidité ne pouvait en être tiré que par le chemin de l’Epée. Ils discutèrent longuement de l’affaire et le Grand Argentier réussit à obtenir un sursis supplémentaire de la part du Guerrier. Il leur accorda donc un délai. Puis ils convinrent de signaux. Le Grand Argentier quitta le Guerrier et revint dans le pays. Il continua à fustiger les habitants à cause de leur conduite perverse. Ils étaient tombés dans le piège de la cupidité mais il ne pouvait pas les en faire sortir, car elle était profondément enracinée en eux. Pourtant, grâce aux longs discours du Baal Tefilah et du Grand Argentier, ils étaient quelque peu troublés et disaient :  » Au contraire, tirez-nous de là !  » Mais ils s’accrochaient encore solidement à leurs idées stupides et ne voulaient pas en démordre. Cependant, on les avait sermonnés et ils disaient :  » Au contraire, s’il en est ainsi et si nous vivons vraiment dans l’erreur, tirez-nous de notre folie !  » Le Grand Argentier leur dit :  » Je vais vous donner un conseil au sujet du Guerrier. Je connais son pouvoir, je sais d’où il puise sa force.  » II leur parla de l’Epée dont le Guerrier tirait toute son pouvoir.  » Par conséquent, je vais aller avec vous à l’endroit de l’Epée et ainsi vous pourrez tenir tête au Guerrier, car vous tirerez votre force du même endroit que lui.  » L’intention du Grand Argentier était qu’en se rendant sur le lieu de l’Epée, ils sortent de leur erreur, de leur cupidité, car qui emprunte le chemin qui mène au lieu de l’Epée est délivré de sa cupidité.
Les habitants du pays suivirent ce conseil et déléguèrent les Grands du pays pour se rendre sur le lieu de l’Epée en compagnie du Grand Argentier. Les Grands du pays, leurs dieux, partirent avec lui. Ils voyageaient couverts de bijoux d’or et d’argent, car c’était l’essentiel pour eux. Le Grand Argentier fit savoir au Guerrier qu’il partait avec eux pour le lieu de l’Epée et qu’il avait l’intention, si possible, s’il en recevait le mérite, de retrouver le Roi et ses gens. Le Guerrier dit :  » Je viens avec toi.  » Il se déguisa afin que les gens qui accompagnaient le Grand Argentier ne sachent pas qu’il était le Guerrier en personne et il partit avec le Grand Argentier. Ils décidèrent d’avertir le Baal Tefilah qui leur dit :  » Je

viens aussi avec vous.  » Il se joignit à eux et avant de partir, demanda à ses gens de prier afin que Dieu Béni-Soit-Il leur accorde de réussir et de mériter de retrouver le Roi et ses gens. Le Baal Tefilah priait constamment à cette fin et composa des prières pour eux. A présent qu’il partait à la recherche du Roi et de ses gens en compagnie du Grand Argentier et du Guerrier, il fallait que ses gens prient davantage encore afin qu’ils méritent de réussir. Le Baal Tefilah rejoignit le Grand Argentier et le Guerrier. La joie fut grande et ils pleurèrent. Puis ils partirent tous trois ensemble. Les dieux, les Grands du pays, les accompagnèrent. Ils marchèrent longtemps et arrivèrent dans un pays où se tenaient des sentinelles. Ils leur demandèrent.

– Quel est ce pays ? Qui est votre roi ?
- A cause de la Tempête, le monde a été divisé en nombreuses sectes. Les gens de ce pays ont décidé que le Principe était la sagesse. Ils ont pris pour roi un grand sage. Peu de temps après, ils ont trouvé un autre grand sage, un homme extraordinaire, le plus grand de tous les sages. Le roi abdiqua en sa faveur et ils prirent l’autre pour roi. En effet, pour eux le Principe réside dans la sagesse.
Le Grand Argentier, le Guerrier et le Baal Tefilah dirent :  » On dirait bien qu’il s’agit de notre Sage !  » Ils demandèrent la possibilité de le rencontrer. On leur répondit que l’on allait s’informer. Ils partirent informer le roi qui donna l’ordre de les faire entrer. Ils entrèrent tous les trois chez le Sage qui régnait sur ce pays. Ils se reconnurent car ce roi n’était autre que le Sage du Roi. La joie fut grande et leurs larmes coulèrent. Ils disaient tout en pleurant :  » Comment retrouver le Roi et les autres ?  » Ils demandèrent au Sage s’il savait quelque chose au sujet de la Main du Roi. Il leur répondit qu’elle était en sa possession, mais que depuis que la Tempête les avait dispersés, il n’avait pas voulu la consulter, car la Main était l’apanage du Roi et de lui seul. Cependant, il avait gravé l’image de la Main sur une pierre afin qu’elle lui fût de quelque utilité ; mais il ne consultait pas la Main elle-même.
Ils demandèrent au Sage comment il était arrivé ici. Il leur dit que depuis la Tempête, il avait marché au hasard. Dans ses pérégrinations, il était passé par tous les endroits, à l’exception de ceux du Grand Argentier, ceux du Guerrier et ceux du Baal Tefilah. Puis, les habitants du pays l’avaient rencontré et l’avaient pris pour roi. Pour le moment, il fallait les conduire selon la voie qu’ils avaient choisie, selon l’idée qu’ils se faisaient de la sagesse, en attendant qu’il lui fût possible de les diriger selon la vérité exacte.
Ils exposèrent ensuite au Sage l’affaire du pays qui s’était laissé égarer par la cupidité. Ils dirent :  » Si seulement nous n’avions pas été séparés et dispersés, nous aurions pu ramener ces gens égarés vers la vérité. En fait, toutes les sectes, chacune ayant choisi sa folie, que ce soit le respect ou le meurtre, se sont égarées. Il faut toutes les ramener vers le vrai Principe. Même ceux qui ont choisi la sagesse n’ont pas atteint le vrai but ; il faut les y conduire et extirper d’eux les sciences profanes et les hérésies auxquelles ils tiennent encore. Et il est plus facile d’anéantir toutes ces idioties que celles des gens qui sont à ce point enfoncés dans l’idolâtrie de l’argent, car on ne peut les en tirer.  » Le Sage répondit qu’il avait lui aussi entendu du Roi que l’on pouvait sauver un homme de tous ses désirs, mais que l’on ne pouvait arracher quelqu’un à la cupidité que par le chemin de l’Epée. Il ajouta qu’il allait les accompagner. Ils partirent tous les quatre ainsi que les dieux (les riches du Pays de la Richesse).
Ils arrivèrent dans un pays et demandèrent aux sentinelles :
- Quel est ce pays et qui est votre roi ?
On leur répondit qu’après la Tempête, les habitants de ce pays avaient décidé que le Principe était la parole. Ils prirent pour roi un homme loquace et éloquent. Puis il trouvèrent un grand orateur, un interprète. Ils en firent leur roi car l’autre avait abdiqué en sa faveur.
Entendant parler d’un grand orateur, ils supposèrent que ce devait être l’Orateur du Roi. Ils demandèrent encore la possibilité de le rencontrer . On leur répondit qu’il fallait l’en informer ; ce qui fut fait. Il ordonna de les faire entrer. Ils entrèrent chez le roi qui était l’Orateur du Roi. Ils se reconnurent et pleurèrent de joie. L’Orateur se joignit à eux et ils repartirent. Peut-être retrouveraient- ils les autres. Ils voyaient que Dieu Béni-Soit-Il les aidait. A chaque fois, ils retrouvaient leurs compagnons. Ils attribuaient tout cela au mérite de leur Baal Tefilah qui priait constamment. Grâce à ses prières, ils avaient eu le mérite de retrouver leurs compagnons. Ils reprirent donc leur quête. Ils marchèrent et arrivèrent dans un pays. Ils demandèrent :
- Quel est ce pays et qui est votre roi ?
On leur répondit que les habitants appartenaient à la secte dont le Principe était de s’enivrer et d’être joyeux. Ils avaient pris quelque ivrogne pour roi car il était toujours joyeux. Puis ils avaient rencontré un homme assis au milieu d’une mer de vin. Cet homme leur plaisait bien plus, car il devait être un grand ivrogne pour être assis dans une mer de vin. Ils le prirent pour roi. Ils demandèrent à le rencontrer. On partit informer le roi et ils furent introduits. C’était l’Ami Fidèle du Roi, lequel était assis dans une mer de vin formée par les paroles de consolation de l’Orateur. Les habitants du pays l’avaient pris pour un grand ivrogne parce qu’il était assis là, et en avaient fait leur roi. En entrant chez

lui, ils se reconnurent et pleurèrent de joie. L’Ami Fidèle se joignit à eux et ils repartirent.
Ils arrivèrent dans un pays et demandèrent aux sentinelles :
- Qui est votre roi ?
On leur répondit que leur roi était une belle femme qui mène les hommes au but, à savoir de peupler le monde. Au début, ils avaient pris une belle femme pour reine, puis ils avaient trouvé cette femme, d’une beauté extraordinaire, et lui avaient offert la royauté. Ils se dirent que ce devait être la Princesse. Ils demandèrent :  » Peut-on la voir ?  » On partit s’informer. Ils se présentèrent devant la reine et reconnurent la Princesse. La joie fut immense. Ils lui demandèrent :  » Comment es-tu arrivée ici ?  » Elle leur répondit que lors de la Tempête qui avait arraché son cher Enfant au berceau, elle s’était aussitôt élancée à sa poursuite, mais ne l’avait pas retrouvé. Elle avait fait jaillir son lait et une mer de lait se forma. Puis les habitants du pays l’avaient rencontrée et l’avaient prise pour roi. La joie fut très grande, mais ils pleurèrent aussi sur le sort de l’Enfant qui n’était pas là, et sur le père et la mère de la Princesse, dont ils étaient sans nouvelles. Cependant, le pays avait désormais un roi car le mari de la Princesse, reine du pays, était là : c’était le Guerrier, et le pays avait son roi. La Princesse demanda au Baal Tefilah d’entrer dans le pays pour purifier les habitants de leur obscénité. En effet, pour eux, le Principe, c’était une belle femme. Ils se vautraient dans ce désir et en étaient souillés. La Princesse demanda donc au Baal Tefilah d’aller les purifier, de leur faire des remontrances afin qu’ils ne se complaisent plus dans la luxure et qu’ils se débarrassent de leurs vices et de leur vulgarité. Car le Principe qu’ils avaient choisi était non seulement un désir, mais aussi toute leur foi (pour chaque secte le Principe choisi constituait aussi toute leur foi).

Puis ils reprirent tous leur quête. Ils marchèrent et arrivèrent dans un pays. Ils demandèrent :
- Qui est votre roi ?
On leur répondit que le roi était un enfant d’un an ; ils appartenaient en effet à la secte de ceux qui avaient décidé de nommer pour roi celui qui avait beaucoup à manger et ne se nourrissait pas de mets ordinaires. Ils avaient d’abord choisi un homme riche, puis avaient rencontré cet enfant assis au milieu d’une mer de lait. Il leur plut beaucoup car il se nourrissait de lait et n’acceptait pas d’autre nourriture ordinaire. Ils l’avaient donc pris pour roi et l’appelaient  » Enfant d’un An  » parce qu’il vivait de lait tout comme un enfant de cet âge.
Ils se dirent que ce devait être leur Enfant. Ils demandèrent à le voir. On partit s’informer. Ils furent admis en sa présence. Ils le reconnurent et il les reconnut, bien qu’il n’eût été qu’un petit enfant lors de son enlèvement. Mais comme il était d’une grande sagesse et d’une profonde intelligence dès sa naissance, il les reconnut. Eux aussi le reconnurent. Leur joie fut sans bornes. Mais ils pleurèrent parce qu’ils n’avaient pas de nouvelles du Roi ni de la Reine. Ils demandèrent à l’Enfant :  » Comment es-tu arrivé ici ?  » Il répondit que depuis que la Tempête l’avait enlevé, il était allé là où ses pas l’avaient conduit, dans un endroit où il avait vécu de ce qu’il avait trouvé. Finalement, il était arrivé à la mer de lait. Il avait compris que la mer était due au lait de sa mère. Le lait avait coulé et formé cette étendue. Il s’était assis dedans et en avait vécu. Puis les habitants du pays étaient arrivés et l’avaient choisi pour roi.
Ils repartirent et arrivèrent dans un pays. Ils demandèrent :
- Qui est votre roi ? « 
On leur répondit que les habitants du pays avaient fait du meurtre leur Principe. Ils avaient pris pour roi un meurtrier. Puis ils avaient rencontrée une femme assise dans une mer de sang. Ils la nommèrent roi, car elle devait être une grande meurtrière pour être assise, là, dans une mer de sang. Ils demandèrent à la voir. On partit s’informer. Ils entrèrent chez elle. C’était la Reine qui pleurait continuellement et dont les larmes avaient formé une mer de sang. Ils se reconnurent et leur joie fut très grande. Cependant ils pleurèrent car ils étaient sans nouvelles du Roi.
Ils repartirent plus loin et arrivèrent dans un pays. Ils demandèrent :
- Qui est votre roi ?
On leur répondit que les habitants du pays avaient choisi pour roi un homme estimable, car pour eux le Principe, c’était le respect. Puis ils avaient rencontré un vieillard portant une couronne sur la tête et assis au milieu d’un champ. Il leur plut car ce devait être un homme très respectable pour être assis, là, dans un champ, une couronne sur la tête. Ils le prirent pour roi. Ils se dirent que ce devait être leur Roi en personne. Ils demandèrent à le voir. On partit s’informer. Ils furent admis en sa présence. Ils reconnurent le Roi en personne. L’allégresse ne connut plus de mesure.
Quant aux dieux fous (les hommes riches du Pays de la Richesse) qui étaient entrés avec eux, ils ne comprenaient pas ce qui se passait ni pourquoi tout le monde était si gai et si joyeux.

La Sainte Communauté, le Roi et ses gens, était à nouveau réunie.
Ils envoyèrent le Baal Tefilah dans tous les pays (c’est-à-dire dans chaque pays où les sectes avaient choisi une mauvaise chose comme principe) afin de les corriger, de les purifier et de les faire sortir de

leur égarement. Il devait extirper de chacun le vice et la folie. Le Baal Tefilah avait maintenant le pouvoir de les remettre dans le droit chemin car il avait pris les pouvoirs et la permission des rois de tous les pays. En effet, le Roi et ses gens avaient tous régné sur les différents pays.
Le Baal Tefilah se mit donc en route, armé de ses pouvoirs, en vue de purifier tous les habitants et leur faire faire téchouvah.

Le Guerrier parla au Roi de l’affaire du pays tombé dans l’idolâtrie de l’argent. Il dit au Roi :
- Je vous ai entendu dire que grâce au chemin que je connais, celui qui mène sur le lieu de l’Epée, on peut délivrer quiconque tombe dans la cupidité.
- Oui, il en est ainsi.
Et le Roi ajouta qu’il existe un chemin qui se détache du chemin de l’Epée. Grâce à ce chemin, on parvient à une montagne de flammes. Sur cette montagne, un lion est couché. Lorsque ce lion doit manger, il se jette sur les troupeaux, s’empare de moutons et de bovins et les dévore. Les bergers savent cela et ils protègent leurs troupeaux. Mais le lion n’en fait aucun cas. Lorsqu’il veut manger, il se jette sur eux. Les bergers le frappent et se ruent sur lui, mais il n’y prête aucune attention ; il capture moutons et bovins. Il rugit et les dévore. Quant à la montagne de flammes, on ne la voit pas. Et sur le bord de ce chemin, il y a un autre qui conduit à un endroit que l’on appelle la Cuisine. Dans cette Cuisine, on trouve toutes sortes de nourritures, mais pas de feu. Les nourritures cuisent grâce à la montagne de flammes. Pourtant, la montagne de flammes se trouve loin de la Cuisine ; mais des canaux et des rigoles partent de la montagne de flammes pour aboutir à la Cuisine. Grâce à eux, tous les aliments cuisent. Et on ne voit pas la Cuisine non plus. Cependant, il y a un signe : des oiseaux sont perchés sur la Cuisine et grâce à eux, on sait que la Cuisine se trouve là. Les oiseaux remuent leurs ailes et augmentent ou réduisent ainsi l’intensité du feu. C’est-à-dire qu’en agitant leurs ailes, ils allument et attisent le feu, ou bien le réduisent pour qu’il ne brûle pas trop fort, pas plus qu’il ne faut. Ils attisent le feu, selon les aliments qui doivent cuire. Tel aliment demande telle cuisson, tel autre demande une autre cuisson. Tout se fait selon chaque aliment car les oiseaux entretiennent le feu en conséquence.
Le Roi raconta tout cela au Guerrier et ajouta :
- C’est pourquoi tu dois conduire les habitants du Pays de la Richesse, d’abord contre le vent, afin que l’odeur des aliments leur parvienne. Puis, quand tu leur auras donné de ces aliments, tu pourras arracher ces hommes à leur cupidité.
Le Guerrier fit ainsi. Il emmena les gens qui l’accompagnaient
les Grands du Pays de la Richesse et qui étaient des dieux dans leur pays
et qui étaient venus avec le Grand Argentier. En partant de chez eux, les habitants du pays leur avaient donné plein pouvoir. Le pays devait accepter ce qu’ils feraient.
Le Guerrier les emmena donc et les conduisit sur le chemin évoqué par le Roi ; il les amena jusqu’à la Cuisine où se trouvaient les aliments. Il les avaient conduits contre le vent et l’odeur des aliments était parvenue jusqu’à eux. Ils avaient supplié le Guerrier de leur donner de ces bons aliments. Alors, ils les avaient conduits avec le vent et ils s’étaient mis à crier :  » ça empeste ! » Il les avait alors conduits contre le vent et ils sentirent à nouveau la bonne odeur des aliments. Puis il les avait une fois encore conduits avec le vent et ils avaient crié :  » ça empeste vraiment beaucoup !  » Alors, le Guerrier leur dit : – Vous voyez bien quand même qu’il n’y a rien qui sente mauvais. Ce ne peut être que vous qui empestez ! Ici, rien n’a mauvaise odeur.
Puis il leur donna des aliments. Dès qu’ils en eurent mangé, ils commencèrent à se débarrasser de leur argent. Chacun creusa un trou et s’y enterra de honte. Ils étaient honteux parce qu’ils avaient senti à quel point l’argent sentait mauvais, aussi mauvais que des excréments, car ils avaient goûté aux aliments.
Ils s’étaient arraché le visage, s’étaient enterrés et ne pouvaient pas lever la face. Chacun avait honte devant son voisin. Tel était le remède des aliments : celui qui en mange, en arrive à détester l’argent. A cet endroit, l’argent est ce qu’il y a de plus honteux. Lorsque quelqu’un veut critiquer quelqu’un autre, il lui lance :  » Tu as de l’argent !  » Car en cet endroit, l’argent représente la pire des humiliations. Plus on en a, et plus on a honte. C’est la raison pour laquelle ils s’étaient enterrés de honte. Aucun d’eux ne pouvait tourner son visage vers l’autre, à plus forte raison vers le Guerrier. Et celui qui trouvait sur lui un gulden ou un groschen s’en débarrassait aussitôt en le jetant loin de lui.
Puis le Guerrier se dirigea vers eux et les fit sortir des trous où ils s’étaient enterrés ; il leur dit :
- Venez, avec moi ! Maintenant vous n’avez plus de crainte à avoir à cause du Guerrier, car je suis le Guerrier en personne.
Ils demandèrent au Guerrier de leur donner des aliments pour les rapporter dans leur pays. Il ne faisait aucun doute maintenant qu’ils détestaient l’argent, mais ils voulaient extirper la cupidité de leur pays. Le Guerrier leur en donna et ils les rapportèrent chez eux. Ils en donnèrent aux habitants qui

aussitôt se débarrassèrent de leur argent et s’enterrèrent de honte. Les gens très riches et les dieux étaient ceux qui en ressentaient le plus. Les petites gens, que l’on appelait bêtes et oiseaux avaient honte quant à eux d’avoir été aussi insignifiants à leurs propres yeux parce qu’ils n’avaient pas eu d’argent. Ils savaient maintenant que c’était tout le contraire : la honte c’est l’argent. Les aliments avaient la propriété de le rendre détestable à celui qui en mangeait car il sentait la mauvaise odeur de l’argent, qui était celle de la fange. Tous se débarrassèrent de leur argent et de leur or.

Puis on leur envoya le Baal Tefilah qui leur donna des pénitences, des tikounim et les purifia.
Le Roi régna sur le monde entier et le monde entier revint vers Dieu Béni-Soit-Il. On ne s’occupa plus que de Torah, de prières, de téchouvah et de bonnes actions, amen.

Que ce soit Sa volonté, que Dieu soit béni pour toujours, amen et amen.

Le verset dit que Dieu Béni-Soit-Il possède une fournaise dans un endroit, et que le feu se trouve dans un autre endroit, comme il est dit (Is. 31 :9) :  » Telle est la parole de L’Eternel, qui a son foyer à Sion et sa fournaise à Jérusalem. « Toute l’histoire fait allusion à ce chapitre. Va voir là-bas.
L’ordre du Roi et de ses gens : le Baal Tefilah et le Guerrier ; le Grand Argentier et le Sage ; l’Orateur et l’Ami Fidèle ; la Princesse et l’Enfant ; Le Roi et la Reine. Ce sont dix choses. Les Dix corrigent le monde et sortent chacun de sa folie et le ramènent à la juste vérité.

 

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